A SIX PATTES

L'agility, ou la complicité entre maître et chien traduite sur le terrain sportif



Si Médor s'impose sans doute comme l'antidote clé contre le cocooning étouffant, nombreux sont cependant les maîtres qui se lassent vite des simples promenades «levée de patte». La solution? Des moments d'intensité sportive partagés, qui respectent les débuts d'une relation d'amitié et d'obéissance équilibrée. L'agility, une discipline née en Angleterre en 1977, consiste à faire négocier aux chiens, tout en les accompagnant le long du parcours, divers obstacles pour mettre en valeur leur intelligence et leur souplesse. Ouverte à tous les chiens, l'agility permet également au maître de cultiver sa condition physique et de renforcer son endurance et sa concentration.

S'IMPOSER
COMME CHEF DE MEUTE

On doit aimer son compagnon à quatre pattes comme un chien, et non pas comme un enfant, explique Yves Michaux, instructeur et juge international d'agility. Le maître, ici appelé «conducteur», doit s'imposer comme le «chef de meute» auquel le chien porte un intérêt supérieur à son désir naturel de liberté et d'indépendance. Le maître doit être respecté pour son intelligence - l'éducation des maîtres s'avère parfois aussi nécessaire que celle des chiens -, malgré le fait que le toutou chéri puisse être doté d'une force physique dépassant parfois largement celle de son patron. Pour réussir en agility, nul besoin d'éducation aux relents «commando», précise Yves Michaux. Les rapports avec l'animal doivent tout simplement rester fermes en exigeant l'exécution des ordres, mais doux dans les méthodes de correction. La brutalité doit être exclue pour engranger les meilleurs résultats. Je conseille même aux maîtres de s'abstenir de faire travailler leur chien quand ils se sentent de très mauvaise humeur. Outre la récompense (la petite friandise) après l'exercice réussi ou l'effort bien dosé, les brefs contacts physiques avec son animal (caresse, tapotement...), les jeux d'intonation de voix et les félicitations orales fréquentes - il faut parler sans arrêt à son chien! -, le contrôle de l'attention du toutou en renforçant sa réponse par l'usage d'un jouet, est très important pour que l'amitié entre le conducteur et son chien débouche sur une complicité sportive idéale.

Une complicité qui nécessite un long travail (un an minimum), parfois difficile, souvent répétitif, pour que le chien réagisse aux mouvements du corps de son maître (le «body-control»), les interprète et obéisse sans rechigner grâce à sa sensibilité. Si tous les chiens peuvent pratiquer l'agility, les bergers et, dans une moindre mesure, les chiens de chasse témoignent souvent d'une réelle prédisposition.

EN SYMBIOSE
AVEC LE SEXE FAIBLE

Si le parcours d'agility, avec sa succession d'obstacles (haies, slalom, mur, tunnel, passerelle, palissade, rivière, etc.), tient plus de la course d'adresse que du sprint, une certaine vélocité est cependant exigée pour respecter les sévères TPS (Temps de parcours standard). Le maître accompagnant son chien au pas de course tout au long des 140 à 190 mètres de parcours devra donc lui aussi faire preuve d'endurance et de souplesse, d'épuisants changements de direction étant en outre continuellement prévus. Une bonne condition physique est évidemment souhaitable, poursuit Michaux, tout en ajoutant qu'avec un entraînement régulier, les conducteurs mollassons retrouvent vite la grande forme, même s'ils sont restés plusieurs années sans pratiquer de sport. Le chien compagnon sportif est très motivant pour redécouvrir les joies du grand air et du mouvement, même si cela peut paraître éprouvant, car il faut également se concentrer fortement sur le règlement, encourager sans arrêt vocalement son chien, le maintenir sous contrôle continu et lui transmettre les ordres par une gestuelle très technique du visage, des mains et des bras afin qu'il respecte le tracé du parcours et aborde les obstacles le mieux possible. On notera que ce tracé et ces obstacles sont fréquemment modifiés pour éviter toute mécanisation du chien.

Un sport ouvert à tous? Certainement, même si je ne le conseille pas aux enfants, qui manquent de maturité dans la conduite du chien. Pour les personnes plus âgées, il n'y a aucune contre-indication.

Curieusement, les femmes semblent particulièrement douées en agility. Leur sensibilité, plus intuitive et moins coercitive que celle des hommes, peut en effet faire des miracles. Avec elles, les chiens réagissent de façon très ludique. La symbiose, la collaboration entre le sexe faible et le monde canin atteint des sommets qu'un homme, aussi autoritaire soit-il, ne pourra que très difficilement approcher. C'est pourquoi je conseille toujours de travailler son chien avec autant de douceur que de fermeté.

PAT GILLARD

21/02/98 - © Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles